ZOOM SUR… Alice Marais, L’Atelier Carré

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28.03.2019

Rencontre avec Alice Marais, résidente ICI Montreuil, qui a fondé son propre atelier de dorure et encadrement : L’Atelier Carré

 

Quel est ton parcours ?

 

A l’âge de 17 ans, j’ai commencé un CAP encadrement. J’avais redoublé ma seconde (l’école n’était pas pour moi ). Ça m’a beaucoup plus donc je me suis lancée dans un apprentissage de 3 ans. Mon patron faisait aussi de la dorure, et comme je trouvais que c’était des métiers complémentaires, j’ai fait un apprentissage de 2 ans en dorure. J’ai enchainé les contrats dans des ateliers d’encadrement, fait deux ans de graphisme pour aider les artisans à créer leur site internet, repris la dorure et l’encadrement dans des ateliers parisiens et suite à ça j’ai eu mon premier enfant et une mauvaise expérience dans un atelier d’une chaîne de magasins d’encadrement. Mon envie de créer ma propre entreprise se concrétisait de plus en plus, et j’avais besoin de flexibilité pour m’occuper de ma fille. J’ai donc décidé de me lancer.

 

Pourquoi avoir choisi l’encadrement ?

 

J’aimais beaucoup l’art, à la base je voulais faire de la bande dessinée. L’encadrement, c’est un peu les coulisses des artistes en tout genre. Ça permet d’approcher une œuvre différemment, comme peu de gens peuvent le faire. Tu peux toucher, contempler, apprécier un tableau d’une toute autre manière. J’aime aussi beaucoup la relation avec le client.

En 2018, j’ai donc créé ma boite après de longs mois de réflexion. Aujourd’hui, même si beaucoup peuvent s’en douter, je fais à nouveau le constat que l’artisanat est un milieu difficile, surtout l’encadrement-dorure. Je trouve que c’est une branche peu valorisée, contrairement aux startups de la tech qui bénéficient de beaucoup d’aides, subventions etc, on a peu d’avantages même si le métier est apprécié. On fait pourtant partie des métiers les plus taxés, car on a beaucoup de fournisseurs et fournitures. Et l’artisanat est la première entreprise de France, c’est dommage. En revanche, beaucoup de choses sont faites en Seine Saint Denis pour aider les entrepreneurs. J’ai eu notamment un financement par l’Adie.

J’apprends aussi ce qu’est la vie d’entrepreneure. Il y a encore des choses aujourd’hui que je ne sais pas faire, car on ne me les a jamais apprises. J’apprends à gérer toute seule mon administratif, ma com’, tout en essayant de me dégager du temps pour ma vie de famille. Heureusement, en dorure on nous apprend à segmenter le travail, j’essaie d’appliquer ces techniques à la gestion de ma vie professionnelle. C’est vraiment un gros défi de lancer sa boite ! Mais je dois dire que si je devais refaire du salariat aujourd’hui, ce serait vraiment à contre cœur. Je gère mon temps comme je l’entends, je peux être flexible, je suis en contact direct avec mes clients et mes fournisseurs. Je ne suis plus obligée d’assumer les erreurs des autres comme quand j’étais salariée.

Je pense beaucoup à m’associer avec quelqu’un, cela me faciliterait la vie sur plusieurs points. J’espère que ça pourra se faire dans l’année en cours.

On n’est pas beaucoup dans le monde de la dorure et de l’encadrement, quelques centaines en France, et la plupart est concentrée en Ile de France. Traditionnellement, c’est un milieu d’hommes, mais il y a de plus en plus de femmes. Globalement, de moins en moins de gens se forment, et beaucoup ne vont pas jusqu’au bout. Quand je dis aux gens que je fais de la dorure et de l’encadrement, ils ont des étoiles dans les yeux, ça fait rêver sur le papier mais ça reste un métier compliqué. Sur les chantiers, tu fais de l’usine. La dorure mériterait d’être un peu plus connue du grand public. Elle est selon moi trop associée au luxe et au superflu, et est de fait réservé à une clientèle assez aisée. Il existe pourtant pleins de types d’or qui peuvent être utilisés de manière différente et sur presque tous les supports. J’aimerai l’intégrer dans des objets design ou déco de la vie de tous les jours. Je suis en train de développer une gamme d’objets décoratifs en béton et en bois en collaboration avec un menuisier.

 

Pourquoi travailler ICI ?

 

J’ai connu ICI Montreuil car je cherchais un local, j’ai eu assez de mal à trouver. On m’en a parlé au Pôle des métiers d’art du 93, mais je connaissais déjà de nom. J’avais besoin d‘un atelier privatif, car c’est impossible pour moi de travailler en atelier partagé ( et ouvert). Je ne trouvais rien à Paris, ou bien c’était hors de prix. Je venais aussi surtout pour rencontrer d’autres personnes, et je n’ai pas été déçue. Quand tu bosses seule en atelier, au bout d’un moment tu deviens maboule ! ICI, bien que je sois dans un espace privatif, je sors souvent de mon atelier, je vais voir ce qu’il se passe autour (et en même temps ça me permet d’avoir un espace fermé où je peux être dans ma bulle et me concentrer). J’essaie de faire des collaborations, même si la communication entre résidents des différents espaces peut être difficile. J’ai par exemple doré à l’or fin un véritable oeuf d’autruche pour le projet d’un résident, Alexis Malmezat.

 

 

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