Deux résidents pour une œuvre artistique

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02.04.2020

Valentin Abad et Julien Goffinet sont tous les deux résidents chez ICI Montreuil. Issus d’univers différents, ils mettent en commun leurs savoirs respectifs pour créer une pièce artistique mélangeant subtilement le bois et le métal. “C’est une pièce motorisée, assez contemplative, sur une association de deux formes qui doivent s’entendre pour rouler ensemble. Cela rejoint mes thèmes : associer, aborder les liens entre les univers, les éléments et les gens” décrit Valentin.

 

Julien Goffinet :
Métallier convaincu, Julien Goffinet est résident chez ICI Montreuil depuis 2016. Il a travaillé dans le passé pour des grands groupes de l’industrie et a décidé de s’expatrier pendant quatre ans au Canada où il s’est orienté vers la création de mobiliers de luxe. À son retour en France, Julien a cherché un lieu pour quitter l’industrie afin de pratiquer son métier en indépendant et de vivre de ses créations. C’est tout naturellement qu’il s’est installé chez ICI Montreuil.

Valentin Abad :
Photographe de profession, grand créatif et adepte du travail du bois, Valentin Abad est un artiste. Initié à la photographie par son père, il s’est servi de ses qualités de photographe pour fonder le studio de création AKATRE avec d’anciens collègues d’école. Réalisant des sculptures en bois et des projets d’installation depuis cinq ans, il traite des troubles intérieurs, de la communication entre les êtres et des liens humains. Il cherche à ICI Montreuil un espace de créativité pour s’exprimer.

 

Lequel de vous deux est à l’initiative de ce projet artistique ?

Valentin : C’est moi, j’ai commencé à avoir cette envie en août 2019. Ça fait six mois que je travaille à la conception, l’élaboration des plans, la découpe CNC, (fraiseuse numérique), le montage… Mais j’ai officiellement rejoint ICI Montreuil en tant que résident au mois de janvier. Donc le projet s’est accéléré ces dernières semaines.

 

Valentin, l’idée d’associer le bois et le métal t’est-elle venue rapidement et comment as-tu procédé pour démarcher Julien ?

Valentin : J’ai rapidement conçu cette  pièce avec l’intégration de métal. En venant ici l’année dernière, j’ai participé à une formation au métal avec Julien. J’avais envie depuis très longtemps d’associer le bois au métal. Le métal m’évoque la rigueur et la solidité, j’adore. Au début, j’ai voulu essayer de faire cette œuvre seul. Mais je me suis rendu compte que c’était difficile de travailler le métal. Et puis, il faut aussi laisser les gens faire leur métier. J’ai donc recontacté Julien, ce qui a été facile puisqu’on travaille dans les mêmes locaux. Après lui avoir présenté le projet, il a accepté de m’aider dessus.

 

Julien : Effectivement, Valentin m’a expliqué son concept et j’ai rapidement assimilé l’idée créative. Comme il l’a dit, la démarche a été simple. On s’est vite mis d’accord sur les formalités contractuelles et j’étais content de pouvoir travailler sur un projet artistique.

 

Julien, ce projet est-il plus artistique que ce que tu fais habituellement ?

Julien : Oui. La majorité de mon travail, c’est de l’agencement pour des restaurants ou des boutiques. J’ai la chance que des artistes me contactent parfois et cela réveille toujours une sensibilité particulière. Je prends davantage de plaisir sur des projets artistiques. Ils sont requinquants et épanouissants. Quand on me demande une table… eh bien on me demande juste une table. Tandis que lorsqu’il y a tout un concept créatif et artistique derrière, cela stimule. Les personnes comme Valentin et leurs idées font que j’aime encore mon métier.

Est-ce qu’on parle le même langage entre artisan du métal et artisan du bois ?

Valentin : Moi, je suis un peu particulier hein (rires). Déjà avec les artisans du bois, je n’ai pas toujours l’impression de parler le même langage ! Mais en fait ce n’est pas une question de langage. C’est plutôt une question de réflexion. Chaque personne a un système de réflexion qui lui est propre. Julien réfléchit comme il réfléchit et je réfléchis comme je réfléchis.

 

Julien : Vous savez, j’ai l’habitude de travailler avec des clients qui ont des demandes précises et des plans bien structurés. Valentin, lui, m’a fait un croquis presque en live en me disant : “Allez, on s’y met ?” (rires) ! Je le rejoins, cela dépasse le cadre du domaine dans lequel on exerce. Sur un projet artistique, l’artiste souhaite simplement que ses collaborateurs respectent son idée créative et que la technique ne perturbe pas cette dernière.

 

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La connexion des savoirs présente à ICI Montreuil vous inspire-t-elle ? Est-ce que cela vous donne des idées à chacun pour la suite de vos projets respectifs ?

Valentin : Oui, totalement. C’est une connexion inspirante et qui me donne envie de me former à d’autres domaines. Comme ICI Montreuil dispose des formations dans plusieurs domaines et que je prône l’autonomie, j’utiliserai tous les savoirs dispensés pour progresser et maîtriser un maximum de techniques.

 

Julien : La force du lieu, c’est sûr que c’est cette mise en commun des savoirs. Si t’as besoin d’un menuisier, d’un bijoutier ou que sais-je pour l’un de tes projets, tu trouveras ce dont t’as besoin à dix mètres de toi. C’est forcément inspirant et cela force l’admiration. Christine et Nicolas (les fondateurs d’ICI Montreuil ndlr) peuvent être fiers de ce qu’ils ont créé ! Maintenant, à titre personnel, je suis métallier et je pratique ce métier depuis de longues années. Je suis plutôt partisan du “chacun son travail”. En revanche, le jour où je me lasserai de mon activité, je serai content de pouvoir accéder à de nouveaux savoirs très facilement grâce à ICI Montreuil. Mais s’il faut que je me reforme, je choisirais une formation en particulier et je tenterais de devenir expert en la matière. Je ne m’essayerais pas à trente-six techniques à la fois.

 

L’esprit collaboratif insufflé par ICI Montreuil a-t-il un impact sur vos opportunités et votre  évolution ?

Julien : Alors, déjà, je pense que c’est davantage les résidents que le lieu qui insufflent cet esprit d’entraide. Le lieu a évidemment été pensé pour favoriser les projets de collaboration, et Nicolas m’a bien sûr mis en contact avec d’autres artisans dès le début, mais tout part toujours des résidents. Les choses se font naturellement. Si deux personnes s’entendent bien et ressentent l’envie ou le besoin de collaborer sur un projet, alors une collaboration peut voir le jour. Maintenant, cela a forcément un impact sur les opportunités de chacun. Lorsque tu aides un autre résident, tu rencontres des nouveaux profils, cela t’ouvre un nouveau réseau et de fil en aiguille tu obtiens de nouveaux projets.

 

Valentin : Ça me fait évoluer en ce sens où je travaille énormément ma créativité. Ici, je peux exprimer mes idées au contact des matériaux, essayer, me tromper, réessayer. C’est génial pour évoluer. Quant à mes opportunités, je recherche surtout à exposer en ce moment et ICI Montreuil n’est pas un réseau d’art à proprement parler. Ce réseau d’art d’ailleurs, c’est à moi de me le constituer !

 

Cette découverte de nouveaux savoirs par l’entraide offre-t-elle continuellement un développement personnel ?

Valentin : Absolument. C’est très stimulant. Les résidents ne sont pas passifs, ils font des choses, sont perpétuellement dans la créativité, mettent en pratique directement leurs idées. J’adore aussi l’architecture du bâtiment et son aspect très brut. Si tu entres dans l’atelier métal, tu en ressortiras imprégné. Si tu vas à l’atelier bois, tu auras de la poussière dans le nez ! Et ce n’est pas péjoratif, bien loin de là. Tu es au contact du matériau et c’est une chance inouïe pour le travailler au mieux.

 

Julien : Et puis, cela rapporte de nouveaux clients, donc de l’argent, donc du développement personnel (rires) ! Je rigole. C’est évidemment une atmosphère stimulante.

 

Le projet artistique  semble presque terminé, quand pensez-vous pouvoir le finaliser ?

Valentin : Je dois encore poncer la pièce et terminer des branchements électriques. Je vais la transporter courant mars dans mon studio de création pour la prendre en photo. On peut dire qu’une pièce est véritablement terminée lorsqu’elle est shootée, cela permet de la mettre correctement en valeur et d’apposer un point final au projet ! L’œuvre sera présentée à la Citadelle Haute de Verdun les 17, 18 et 20 juillet 2020 dans le cadre de l’exposition collective LAPS.

 

Retrouvez tous les travaux de Valentin sur son site : valentinabad.com et inscrivez-vous aux formations métal de Julien

 

Propos recueillis et mis en forme par Daphné Malka, Arthur Courant et Dario Félix. 

Crédits photos : Dario Félix 


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