États d’âme d’un entrepreneur-artisan en reconversion

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18.10.2019

Cécile Michel est entrepreneur, en reconversion depuis plus d’un an déjà, elle nous parle de son cheminement

 

Est-ce que tu peux te présenter rapidement, ton parcours ?

J’ai 43 ans, j’ai un profil école de commerce, j’ai travaillé 20 ans dans des grands groupes à différents postes : marketing, commercial, ressources humaines à gérer des grands projets. Après 20 ans dans ces grands groupes à faire une carrière qui était chouette, j’avais envie de faire autre chose car je ne me voyais pas travailler encore 20 ans dans le même univers. J’ai donc choisi la reconversion

 

Qu’est ce qui s’est passé, comment s’est opérée la reconversion ?

C’est un long cheminement, j’ai vraiment décidé de changer et de faire une reconversion en 2014.

A cette époque je gérais un plan social et là je me suis dit « je n’en peux plus ». Je ne trouvais plus de sens dans ce que je faisais ; c’est pire que l’ennui quand il n’y a plus de sens.
Quand tu te poses ces questions tu n’es pas dans la construction, tu ne te dis pas « ok qu’est-ce que je peux faire d’autre ? », tu es juste frustré. Il faut un peu de temps à ton cerveau pour accepter que tu vas changer de vie, qu’il va falloir du courage pour y aller…
Et ce processus ça a pris quelques années.

En 2017 j’ai rencontré un patron de startup qui m’avait démarché et qui faisait du conseil en innovation. J’ai rejoint Hello Tomorrow branche conseil et j’ai travaillé chez eux pendant un peu moins d’un an pour faire du conseil sur l’innovation de rupture.

Je me suis retrouvée à travailler pour des clients qui ressemblaient à ceux de mes anciennes boites. J’étais bien dans cette startup mais mes clients avaient les mêmes problèmes que j’essayais de fuir ; tout ce que je connaissais déjà par cœur. Au bout de plusieurs mois j’ai dit à cette startup que je ne voulais pas continuer avec eux. J’ai pris 6 mois à ne rien faire : j’ai eu 1000 idées et j’en ai tué 999 …

 

Qu’est ce qui s’est passé du coup tu as décidé de te lancer dans un nouveau projet avec ton idée restante. Tu peux nous expliquer ?

Je me suis demandée ce que j’aimais faire, vraiment. J’aime faire des choses de mes mains et j’adore le monde industriel ; je suis aussi douée pour gérer des projets. J’ai donc fait une synthèse de mon envie de fabriquer et des idées glanées sur des vidéos de bricoleurs sur YouTube.

J’ai utilisé les méthodes d’innovation auxquelles j’étais formée en startup pour cadrer mon concept. Et depuis 10 mois, c’est ce que je fais à ICI Montreuil : prototyper rapidement pour invalider certaines idées et en valider d’autres, pour pouvoir arriver à un produit qui est montrable et vendable sur le marché.

Ce que nous prototypons à ICI Montreuil ce sont des produits et des processus de fabrication afin de comprendre quel est le meilleur moyen pour avoir le meilleur produit. Tu es obligé au début de tester beaucoup de choses. Puis peu à peu tu restreints les champs et tu te décides. Je ne suis pas seule pour faire tout ça, Dalcio, qui est ingénieur de formation est venu me rejoindre en Avril.

 

Mais en fait c’est quoi ton concept ?

C’est de fabriquer des portes et des façades de meubles personnalisables qui s’adaptent sur toutes structures et toutes marques.

On peut personnaliser matière, motifs et couleurs. C’est pourquoi la marque s’appelle MATMO & CO (matière, motif et couleur). Ce sont des produits à faible toxicité, faible en COV (composé organique volatile), qui sont fabriqués aux portes de Paris, sur mesure.

 

Pourquoi avoir choisi ICI Montreuil ?

Parce qu’il y avait la fraiseuse et la découpe laser. En faisant un comparatif au niveau des tarifs, ICI Montreuil était le moins cher. A l’époque c’était une question de prix. Maintenant mon étude serait peut-être faite différemment. Il y a plein de choses que j’ai trouvé à ICI Montreuil comme le stockage et je pense que les autres fablabs n’ont pas ça mais je n’y avais pas pensé.

Chez ICI tout est compris, la CNC est comprise, la découpe laser c’est compris. C’est clair, je sais ce je vais payer net quel que soit mon volume d’activité.

Dans les autres fablabs tu prends ton abonnement de membre et après, à chaque fois que tu utilises la machine, tu payes. Avec ICI Montreuil, j’ai pu faire mon budget en sachant ce que j’allais payer donc c’était la meilleure solution.

 

Et qu’est ce que tu en penses alors des ateliers partagés ?  

Ça me plait beaucoup d’avoir des gens avec des métiers connexes autours de moi. Je n’aurais jamais imaginé faire ça dans mon garage. C’est très important la proximité des gens qui ont un métier similaire ou connexe. A la fois j’ai des réponses sur les choses que je ne connais pas et à la fois si j’ai un problème technique, je pose la question et j’ai une réponse, je ne perds pas de temps.

 

Du coup est ce que tu te considères comme un artisan ?

J’ai encore du mal à me faire appeler comme ça mais je pense que ça fait partie du processus de reconversion. Disons que je suis plus entrepreneuse qu’artisan pour le moment !

 

A ICI Montreuil il y a les artisans qui ont toujours été artisans et les personnes en reconversion.

Oui il y a beaucoup de gens qui ont eu des parcours très variés. Dans les artisans il y en a beaucoup qui se sont reconvertis.

Moi j’ai passé 3 ans à maturer entre le moment où j’ai pensé à la reconversion pour la première fois et le moment où j’ai sauté le pas.

Je suis au début de ma reconversion.

 

Comment ça se passe alors l’entrepreneuriat ?

J’ai peur tous les jours mais c’est comme ça, il faut accepter d’être dans l’inconfort pendant longtemps. Une fois que tu as fait ça, tu acceptes de vivre les montagnes russes tous les jours et même plusieurs fois par jour. Les très bonnes et les mauvaises nouvelles ; où tu as envie de tout arrêter. Moi j’ai mis de l’argent de côté donc ce n’est pas ça le plus compliqué. Le plus compliqué c’est de gérer tes états d’âme. Tu es dans le doute tous les jours mais il faut quand même que tu construises des certitudes pour pouvoir t’appuyer dessus.

 

C’est quoi tes certitudes ? Je te connais un peu; tu es plutôt de nature calme.

Je ne suis pas quelqu’un de très volubile au boulot : je ne partage pas forcément mes états d’âme avec les gens avec qui je travaille, par contre je partage beaucoup avec mes proches.

Les certitudes que j’ai aujourd’hui c’est que je m’amuse dans ce que je fais et je trouve du sens. Ce sont les 2 choses les plus importantes que j’avais perdues dans les grands groupes.

Le projet entrepreneurial, même si c’est angoissant, c’est à la fois super excitant. Tant que j’ai ces deux trucs là (l’amusement et le sens), je vais continuer et essayer de gagner ma vie avec ça. Ce sont mes deux piliers pour le moment.

 

Si tu avais un conseil pour des entrepreneurs en reconversion, ou qui veulent se lancer, qu’est-ce que tu dirais ?

Il faut prendre son temps. A tout point de vue.

Il faut savoir un minimum vers quoi on va. Il faut que ton idée soit un minimum aboutie.

Il faut prendre son temps vis-à-vis de l’entourage, il faut expliquer ta démarche et chacun va la comprendre différemment selon son vécu.

Il faut aussi prendre le temps de se préparer financièrement aussi.

Globalement le coup de tête ça ne marche pas pour moi. Je sais prendre des risques et me mettre dans l’inconfort, je sais me débrouiller dans le flou ; je l’ai fait toute ma vie. J’adore le changement. Par contre je ne suis pas une tête brulée. Je ne prends pas de risques inconsidérés, je suis quelqu’un de très pragmatique.

 

Comment tu as fait très concrètement pour faire ta reconversion ?

Il existe pas mal de choses pour t’aider quand tu as un projet de reconversion.

Moi j’ai pris un congé sabbatique. En France, c’est 11 mois max où tu n’as pas de salaire mais l’entreprise est obligée de te reprendre à la fin de cette période.

Il existe le congé pour création d’entreprise qui ressemble beaucoup au congé sabbatique. L’entreprise est obligée de te reprendre au même poste et au même salaire. Tu peux définir avec ton employeur la durée.

Le congé sans solde c’est très mal encadré par la loi, du coup il faut tout cadrer avec ta société. Tes conditions de départ, la durée, conditions de retour…. Moi je ne le recommande pas si on n’est pas super copain avec sa boîte.

Moi j’ai fait une année sabbatique puis un congé pour création d’entreprise. 11 mois c’est ce que j’ai passé dans la startup avant de me lancer dans mon projet.

Comment tu prépares une reconversion et comment tu gères la balance entre la lassitude du travail actuel et l’excitation d’un projet de reconversion ?

Il faut maturer son projet, prendre le temps de se poser des questions. Parler à ses proches, être disponible émotionnellement, générer 1000 idées et en tuer 999 ; sauter le pas, se mettre dans l’inconfort, prendre des risques, tester.

 

 

Un grand merci Cécile pour ce retour d’expérience sur le déclic d’une reconversion, comment ça se passe quand tu n’as plus de sens au travail et que tu penses à d’autres projets.

Si toi aussi tu te reconnais dans ce profil envoie nous un message (clemence@makeici.org). On organise des apéros reconversion vers l’artisanat avec un artisan qui vient parler de son parcours.

 

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