Formation

Menuisier, ébéniste : ce que la filière bois nantaise offre à qui veut changer de métier en 2026

concevoir un meuble nantes

Les 2, 3 et 4 juin, 650 exposants et 13 390 visiteurs venus d’une centaine de pays ont rempli cinq halls du parc des expositions de Nantes pour la 18e édition du Carrefour International du Bois. Le salon, organisé par Fibois Pays de la Loire, y a dévoilé son premier baromètre Ifop. Le diagnostic tient en deux lignes : le marché français recule, les entreprises continuent d’investir et de recruter. Pour qui envisage d’apprendre la menuiserie ou l’ébénisterie à 30, 40 ou 50 ans, cette contradiction mérite qu’on s’y arrête. Ce guide local complète notre article sur la reconversion en menuiserie.

Une filière lourde, dans une région qui n’a presque pas de forêt

Les Pays de la Loire comptent 400 000 hectares boisés, très loin des grandes régions forestières. La région occupe pourtant le deuxième rang national pour l’emploi dans la filière bois, avec 33 000 salariés et plus de 3 000 jeunes en formation. Tout s’est construit sur la transformation plutôt que sur la ressource. Fibois mesure une progression de l’emploi de 1,5 % depuis 2021.

La construction bois pèse 36 % de ces emplois : plus de 180 entreprises, 4 000 salariés, 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le Moniteur relevait en 2025 des parts de marché de 11 % dans le logement collectif et 15 % dans les maisons individuelles groupées, des niveaux qui placent la région dans le trio de tête français avec Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine.

Derrière ces chiffres industriels, un tissu de très petites structures. La Chambre de métiers et de l’artisanat recensait au 1er janvier 2025 quelque 91 814 établissements artisanaux en Pays de la Loire, 187 000 salariés soit 14 % de l’emploi salarié régional, et 8 688 créations ou reprises d’entreprises sur la seule année 2024. Trois ans après leur création, 67,2 % de ces entreprises tournent encore.

Ce que le baromètre Ifop a dit en juin

L’institut a interrogé 100 exposants du salon. 57 % jugent le marché français en recul, 13 % le trouvent dynamique. Les marchés européens et internationaux tiennent mieux. Le contexte économique arrive en tête des facteurs de tension, devant le prix des matières premières.

Le même échantillon donne 42 % d’entreprises en hausse d’activité sur 2025, et 85 % qui voient dans l’image du bois un atout. Jean Piveteau, président du salon et dirigeant de Piveteau Bois, constate que « la construction est en baisse depuis deux ans ». Réaliser une année correcte dans ces conditions, ajoute-t-il, ressemble déjà à une performance.

Le neuf souffre donc, et les entreprises embauchent quand même. Le salon a d’ailleurs inauguré cette année un espace consacré au recrutement et à la marque employeur de la filière forêt-bois.

Atelier, chantier, agencement naval : trois débouchés distincts

C’est la première question à trancher, car elle détermine la formation et le type d’employeur. En atelier, on conçoit et on fabrique : mobilier, agencement, ouvrages sur mesure. Sur chantier, on implante, on pose, on ajuste à l’existant, avec l’étanchéité et l’isolation à gérer.

Nantes ouvre une troisième voie que peu de villes françaises peuvent revendiquer. L’agencement naval y a ses ateliers et ses donneurs d’ordre : les Chantiers de l’Atlantique et leurs co-réalisateurs recrutent des monteurs cabines et des monteurs en agencement naval à Saint-Nazaire, sur des gestes voisins de la menuiserie d’atelier.

L’enquête Besoins en main-d’œuvre publiée par France Travail le 21 avril recense 143 000 projets de recrutement dans la construction, dont 65 % jugés difficiles à pourvoir. En Pays de la Loire, la proportion atteint 75,8 %, la plus élevée de France, devant la Bretagne. Ce sont des intentions d’embauche déclarées, pas des postes garantis, et un taux de difficulté élevé traduit d’abord un manque de profils expérimentés.

Les fenêtres, angle mort de la rentrée

Ce point concerne qui envisage de vivre de la pose de menuiseries extérieures. Suspendu depuis le 1er janvier 2026 faute de budget voté, le guichet MaPrimeRénov’ a rouvert le 23 février, avec un parcours rénovation d’ampleur réservé aux logements classés E, F ou G.

Depuis, un projet de décret prévoit de retirer six familles de travaux du parcours par geste au 1er septembre 2026, dont le remplacement des fenêtres et portes-fenêtres isolantes. Le Conseil national de l’habitat a rendu un avis défavorable le 2 juillet, avis purement consultatif, et les textes n’étaient pas parus au Journal officiel fin juillet. La CAPEB plaide pour laisser les ménages avancer geste par geste. Les Certificats d’économies d’énergie, eux, ne sont pas concernés.

Traduction pour un projet de reconversion : miser toute sa stratégie sur le remplacement de fenêtres subventionné est risqué cette année. La fabrication, l’agencement, la rénovation d’ampleur et la réparation suivent d’autres cycles.

Le métier a changé de contenu

Un atelier de 2026 ressemble peu à celui de 1995. La conception passe par la CAO, la découpe par une machine à commande numérique. La valeur se déplace vers le sur-mesure, l’agencement et le conseil technique. Le client arrive informé, avec un DPE en main et une exigence thermique chiffrée.

La réparation, elle, devient un marché à part entière. Ecomaison, l’éco-organisme de l’ameublement, verse un Bonus Réparation qui couvre environ 20 % du coût d’une intervention et atteint 200 euros, remboursé au professionnel sous quinze jours. Les sièges, la literie et les outils de coupe entrent dans le périmètre. La labellisation s’ouvre aux menuisiers et aux ébénistes qui disposent du savoir-faire, et Ecomaison revendiquait début 2026 plus de 500 réparateurs labellisés. Refashion, ecosystem, Ecologic et Ecomaison ont lancé mi-juillet une campagne nationale commune pour faire connaître un dispositif que le grand public connaît mal. Pour un artisan qui s’installe, c’est un flux de petites interventions solvables, avec une visibilité dans l’annuaire des réparateurs.

L’ébénisterie, elle, change de diplôme

L’État vient de rebattre les cartes. Le décret du 13 février 2026 crée le brevet national des métiers d’art, et les arrêtés publiés au Journal officiel du 8 juillet ouvrent quatre spécialités, dont l’ébénisterie. Trois ans après la classe de troisième, en lycée professionnel ou en CFA, avec les premières épreuves en 2029. Le ministère justifie la création du diplôme par la pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans un secteur de 60 000 entreprises et 281 métiers recensés.

La réforme ne fait pas l’unanimité. Un décret d’août 2025 programme l’abrogation de dix-sept spécialités de brevet des métiers d’art entre 2026 et 2028, et le passage d’un cycle de quatre ans à trois ans s’accompagnerait d’une réduction de 885 heures d’enseignement sur l’ensemble du parcours, chiffre avancé par la députée Lise Magnier dans une question écrite. Le Snuep-FSU a critiqué une réforme conduite sans concertation avec les artisans d’art.

Ce diplôme s’adresse aux sortants de troisième, pas aux adultes en reconversion. Il dit néanmoins quelque chose d’utile à qui hésite : l’État investit dans la filière parce que les ateliers manquent de bras qualifiés. Pour un adulte, la voie reste le CAP, le titre professionnel ou les blocs de compétences, éventuellement complétés par une spécialisation en restauration ou en agencement haut de gamme, là où se situent les marges.

L’argument le plus solide tient à la démographie

Sur ce terrain, les chiffres jouent franchement pour les candidats.

L’étude conduite par CMA France avec l’Institut supérieur des métiers auprès de 3 215 chefs d’entreprise et 670 apprenants donne l’ordre de grandeur : 235 000 personnes se sont reconverties dans l’artisanat en 2023, dont 100 000 par un changement radical de métier, soit 10 % des effectifs du secteur. 150 000 postes restent à pourvoir. 57 % des métiers artisanaux sont classés en tension, plus de 70 % dans certaines activités.

Deux chiffres comptent davantage que les autres. 68 % des artisans se déclarent prêts à embaucher une personne en reconversion, pour la motivation et la maturité qu’ils y trouvent. Et 300 000 entreprises artisanales seront à reprendre dans les dix prochaines années. Un tiers des chefs d’entreprise du secteur vient déjà d’une reconversion, selon Bpifrance Création.

Reprendre un atelier existant, avec sa clientèle, son parc machines et parfois son salarié, coûte souvent moins cher et va plus vite que de partir de zéro. C’est la piste la moins explorée par les candidats à la reconversion, et celle où l’offre dépassera la demande.

Se former à Nantes

Le repère reste le CAP Menuisier fabricant pour l’atelier, installateur pour la pose, de niveau 3. En 2026, deux codes coexistent pour le fabricant, l’ancien RNCP36112 et le nouveau RNCP41835 : vérifiez l’intitulé exact sur France Compétences avant de vous inscrire où que ce soit.

À ICI Nantes, Make ICI forme en présentiel et en petit groupe, au milieu d’une cinquantaine d’artisans en activité, sur un parc mutualisé de plus de cent machines. Le bloc 1 « Concevoir un meuble » se suit en 10 jours et 80 heures, à huit personnes maximum, avec 80 % de pratique. Le BootCamp enchaîne les blocs 1 et 2 sur quatre semaines pour qui vise l’examen du CAP en candidat libre. Les deux se financent par le CPF, un OPCO, un fonds d’assurance formation ou France Travail.

Programme jour par jour, prochaines dates et modalités de financement : formation bois CPF à Nantes.

Avant de vous engager, allez voir un atelier. Les périodes de mise en situation en milieu professionnel permettent de passer quelques jours en immersion, et beaucoup d’artisans acceptent de recevoir un curieux. Les Journées européennes des métiers d’art, en avril, ouvrent des portes. Une formation courte pose un socle en atelier, elle ne rend pas autonome sur un chantier de pose complexe.

Deux choses que les brochures ne disent pas

Le corps. Métier physique, debout, avec du port de charges, de la poussière et du bruit. Une reconversion à 45 ans ne se prépare pas comme un changement de logiciel. Posez la question de la pénibilité aux artisans que vous rencontrerez, et écoutez ce qu’ils répondent sur l’organisation de leur atelier plutôt que sur leur endurance personnelle.

L’argent. Dans une étude de 2023, l’Insee mesurait un salaire horaire net du bâtiment inférieur en Pays de la Loire à la moyenne de la France de province, 13,43 euros contre 13,72 euros, et relevait un déficit d’attractivité des métiers. Les premières années comme salarié paient peu. Le revenu décolle avec la spécialisation, l’agencement haut de gamme, la restauration ou le statut de chef d’entreprise, et dépend alors autant de votre gestion que de votre habileté au rabot.

Ce qui se joue après 2026

La directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments et les trajectoires de décarbonation continueront de pousser le bois et les matériaux biosourcés, quelle que soit la conjoncture du logement neuf. Fibois Pays de la Loire rejoint en 2026 le Pacte bois-biosourcés, dont l’objet est de massifier l’usage du bois dans la construction régionale. Le prochain Carrefour International du Bois se tiendra à Nantes les 30, 31 mai et 1er juin 2028.

Un débutant qui entre en formation à la rentrée 2026 tiendra un poste entre 2027 et 2028, au moment où la vague de transmissions s’accélère et où le logement neuf devrait avoir retrouvé un peu d’air. Le calendrier ne joue pas contre vous.

Personne ne vous promettra un marché facile. Vous entrez en revanche dans un métier où les employeurs cherchent, où des centaines d’ateliers changeront de mains d’ici dix ans, et où votre âge et votre parcours antérieur comptent comme des arguments plutôt que comme des handicaps.

Trois questions qu’on nous pose souvent

Peut-on passer le CAP Menuisier Fabricant en candidat libre ?

Oui. Vous vous inscrivez à l’examen auprès de l’académie de votre territoire, bloc par bloc ou en totalité. Les formations en blocs de compétences vous y préparent et délivrent une attestation de fin de formation, pas le diplôme lui-même. Aucune équivalence ni passerelle n’est prévue.

Faut-il choisir la menuiserie ou l’ébénisterie ?

La menuiserie couvre l’ouvrage de bâtiment et l’agencement, l’ébénisterie le mobilier, le placage, la marqueterie et la restauration. Les volumes d’emploi sont dans la première, les marges et la rareté du geste plutôt dans la seconde. Beaucoup commencent par la menuiserie de fabrication et se spécialisent ensuite.

Combien de temps entre la décision et le premier chantier ?

Comptez le délai de montage du financement, la prochaine session disponible, la durée de formation, puis une période d’apprentissage en entreprise. Entre douze et vingt-quatre mois pour un projet mené sérieusement, sans compter l’immersion préalable qui vous évitera de vous tromper de voie.

Sources et ressources utiles

  • Fibois Pays de la Loire, Emploi et formation, Bois construction, 2026 : fibois-paysdelaloire.fr
  • Carrefour International du Bois, bilan 2026 et baromètre Ifop ; France Bois Forêt, juillet 2026 ; Informateur Judiciaire, 4 juin 2026 ; Le Moniteur, 1er juin 2026 et août 2025 : fibois-paysdelaloire.fr
  • France Travail, enquête Besoins en main-d’œuvre 2026, 21 avril 2026 ; Observatoire des métiers du BTP : statistiques.francetravail.org
  • CMA France et Institut supérieur des métiers, étude sur la reconversion dans l’artisanat ; CMA Pays de la Loire, Observatoire des métiers et de l’artisanat ; Bpifrance Création : cma-france.fr
  • Ministère de la Transition écologique, réouverture du guichet MaPrimeRénov’, 23 février 2026 ; Batiactu et Actu-Environnement, avis du Conseil national de l’habitat du 2 juillet 2026 : service-public.fr
  • Service-Public.fr, création du brevet national des métiers d’art, décret du 13 février 2026 et arrêtés du 8 juillet 2026 ; Le Journal des Arts ; question écrite n° 10720, Assemblée nationale : service-public.fr
  • Ecomaison, Bonus Réparation, 2026 : ecomaison.com
  • Insee Analyses Pays de la Loire n° 117 : insee.fr
  • France Compétences, fiches RNCP36112 et RNCP41835 : francecompetences.fr
  • Chantiers de l’Atlantique, portraits métiers : chantiers-atlantique.com

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